Dans cet article, j’aborde un sujet qui me tient à cœur.

Le fonctionnement des personnes dites neuroatypiques (différent des fonctionnements dits normopensants, neurotypiques… dont on s’appuie naturellement comme modèle puisqu’il s’agit de la norme), en France notamment, est souvent catégorisé dans la case « problème » voire « troubles ». Ce sujet me questionne, puisqu’étant moi-même neuroatypique, j’ai fait l’expérience d’une analyse toute autre. J’ai aussi pu échanger avec mon thérapeute, qui accompagne des neuroA à avoir une meilleure estime d’eux-mêmes et un cheminement qui correspond davantage à leur mode de fonctionnement.

Ces échanges m’ont amenée à penser que le système français a trop tendance à mettre les gens dans des cases, trop souvent en s’appuyant sur les problèmes qui peuvent en découler, et rarement en mettant en avant les qualités que peut induire le fait de fonctionner autrement que la norme. Souvent, ne pas rentrer dans le moule s’apparente à être un problème à gérer, puisque le système ne s’y adapte pas, ou du moins ne met pas en place les moyens nécessaires à une meilleure prise en charge de ces fonctionnements.

Je ne suis experte en rien, j’apporte juste mon avis sur une société qui, je trouve, met depuis longtemps de côté les fonctionnements différents, puisqu’ils ne correspondent pas à une norme qui rassure. Et surtout, cela révèle une incompétence dans notre modèle pédagogique et dans les formations de base des professeurs, notamment dans les systèmes scolaires, puisque l’objectif est l’apprentissage via un groupe et non le parcours individuel.

Je fais le parallèle avec le système scolaire, puisque c’est dans celui-ci qu’on se retrouve particulièrement « à côté de la plaque », ou plutôt dans un monde dans lequel on se sent souvent seul, parce que pas forcément considéré. Si je prends mon exemple — celui que je vis le plus au quotidien — je pense que mon cheminement de pensée pour arriver au résultat n’a jamais été vraiment compris par le système scolaire, ce qui a conduit au fait de me sentir rapidement « bête » par rapport aux autres.

C’est donc le milieu scolaire qui met à jour le plus souvent ce ressenti d’être « à part », puisqu’on n’a pas vraiment le choix de faire partie d’un groupe social et d’obéir à des règles qui, parfois, exigent de mettre en silence notre fonctionnement pour pouvoir survivre.

Par exemple, lorsqu’on est hypersensible, on a tendance à tout vivre de façon exacerbée, parfois à ne pas être motivé par tout, et surtout à ne pas trouver de motivation quand la personne en face n’est pas empathique, ne nous prend pas en considération, ou en tout cas ne nous comprend pas. Cela peut clairement impacter notre réussite (d’autant plus qu’on se met une pression énorme très facilement).

Pour donner un exemple de différence entre neuroatypique et neurotypique « lambda », je m’appuie sur le livre Je pense mieux de Christel Petitcollin , sur la partie qui développe l’hyperesthésie. On peut d’ores et déjà remarquer les différences entre les deux fonctionnements dans un même environnement, d’où l’importance de l’adapter aux personnes « différentes ». On devine déjà les difficultés que rencontrent ces personnes dans un environnement classique : elle précise que dans les cerveaux neurotypiques, un tri s’opère naturellement entre les informations non importantes présentes dans l’environnement et celles sur lesquelles il faut se concentrer.

À l’école, par exemple, on m’a beaucoup dit que j’étais « dans la lune ». Je pense que cela venait du fait que je n’arrivais pas à me focaliser longtemps sur une tâche, ou sur ce qui était verbal et non visuel, alors qu’il fallait le retenir. L’environnement dans lequel j’étais me donnait une liste d’informations à traiter que je n’arrivais pas à trier ou à prioriser.

C’est expliqué ici : « Vous le savez, dans les cerveaux neurotypiques, le tri des informations s’opère naturellement entre les stimulations sensorielles pertinentes et celles qui ne le sont pas. Cela s’appelle l’inhibition latente, un processus de zapping naturel qui annule la perception des informations dites inutiles », ce qui facilite la concentration. Ainsi, un normopensant vous dira naturellement de ne pas écouter le marteau-piqueur dehors et de vous concentrer sur ce qu’il dit.

Cela dit, ce n’est pas tout à fait comme ça que ça se passe.

Elle explique ensuite que les neuroatypiques ont un déficit d’inhibition latente, c’est-à-dire qu’à moins de faire un effort surdimensionné, ils subissent toutes les stimulations extérieures présentes. D’où l’importance, selon l’autrice, de protéger ces sens, sous peine de produire une suradaptation… et donc un épuisement.

Donc : les fonctionnements neuroatypiques peuvent effectivement induire des comportements pathologiques si un travail de conscientisation sur leurs sens exacerbés et sur leur cerveau — qui voit le monde différemment — n’est PAS fait.

Mais si ce travail est fait, cela devient en réalité un super pouvoir, un pouvoir de curiosité, d’hyperfocus quand le sujet passionne, et de réussite dans des domaines niches qui nécessitent des compétences particulières.

Le problème, c’est qu’on se dirige plus facilement vers de la pathologie puisque la société pousse les neuroatypiques vers ça, même s’il y a de plus en plus d’adaptations et d’évolutions.

Pour comprendre cette différence, il faut rappeler la définition du terme neuroatypique, qu’on emploie de plus en plus mais dont le concept reste flou :

« Dont le fonctionnement diffère de la norme » (Le Robert).

Dans un article du journal _La Presse (_https://www.lapresse.ca/contexte/2025-11-02/le-fin-mot/que-veut-dire-neuroatypique.php) , on apporte une définition plus précise : le mot neuroatypique est lié au concept de neurodiversité, montrant que le cerveau humain possède une grande variété de fonctionnements. Au départ, le terme désignait les personnes autistes, mais avec le temps il regroupe aussi des troubles neurodéveloppementaux tels que le TDAH, la dyslexie, le haut potentiel, la douance.

Selon La Presse, les personnes neuroatypiques ne doivent plus être assimilées uniquement à des troubles, mais avant tout à un fonctionnement cérébral différent de la norme, et non à une pathologie : « Le mot atypique renvoie certes à un écart vis-à-vis de la norme — soit le fonctionnement du cerveau le plus fréquemment observé — mais il change la perspective par rapport aux termes liés à des troubles (troubles du spectre autistique, de l’apprentissage…), lesquels évoquent clairement une pathologie ou un dysfonctionnement. » Leur conclusion : oui, les personnes neuroA présentent un fonctionnement différent, mais pas nécessairement pathologique.

Si on élargit notre vision, on peut donc supposer que ces personnes ne correspondent pas à la norme, mais qu’elles ne doivent pas être pour autant considérées comme malades. Elles sont juste différentes dans une société qui valorise la norme. On les met à l’écart, alors qu’il suffirait de mettre en place des adaptations pour leur permettre de mieux s’intégrer (on remarque d’ailleurs que les méthodes d’apprentissage alternatives, comme Montessori — créées à la base pour les enfants dits handicapés ou différents — fonctionnent beaucoup mieux pour ces profils).

Félix Radu, auteur, en parle dans le podcast InPower de Louise Aubery "Faut-il guérir pour aimer?". À travers ses mots, on entend très clairement la particularité et la difficulté qu’il a eue dans ses débuts scolaires pour s’adapter à un système qui nous laisse parfois vides, et qui met bien plus en valeur nos difficultés d’adaptation que nos compétences :

« Quoi que tu fasses, t’es à côté de la plaque constamment en groupe, t’as la sensation d’être à côté. »
« Je garderai toujours la sensation de ne pas être suffisant », car les professeurs dans l’Éducation nationale lui faisaient ressentir cela.

On note aussi, comme chez beaucoup de neuroA, la difficulté à comprendre les consignes dans certains cours, notamment ici en littérature, alors qu’il devient plus tard un excellent auteur puisqu’il en fait son métier : « Je ne comprenais pas pourquoi on nous demandait de synthétiser quand la littérature est vouée à être développée. » Cela montre bien une différence entre l’intelligence et la façon de comprendre les consignes ou d’y mettre du sens quand notre cerveau fait plus de liens que les normopensants.

Maintenant, j’aimerais ouvrir cette fin d’article par une question primordiale :
Nous sommes dans un système qui reconnaît de plus en plus la différence (dans le sens où il la nomme, parfois même en surdiagnostiquant les enfants très jeunes en considérant immédiatement une émotion forte comme un problème). Alors pourquoi arrive-t-on, avec plus de connaissances, à nommer les différences (TDAH, autisme, hypersensibilité…), mais qu’est-ce qui fait que le système ne s’y adapte pas ?

Qu’est-ce qui fait qu’en 2025, le système d’apprentissage est toujours aussi séquentiel, sans lien, pas adapté à l’apprenant en général (sauf ceux qui arrivent à se plier au moule), avec beaucoup plus de quantité que de qualité ?

Tant que la société continuera à confondre différence et défaillance, elle passera à côté de la richesse qu’elle prétend pourtant chercher. Peut-être que la vraie évolution consiste simplement à accepter que comprendre l’autre demande d’élargir sa vision — et que c’est le système, bien plus que les individus, qui doit apprendre à penser autrement. Alors, c'est évident, le but d'un système étant de se baser sur une norme, on ne demande pas l'impossible. Ceci dit, il serait intéressant de mettre en valeur des méthodes pédagogiques basées sur les récentes études scientifiques afin de mettre en valeur l'apprenant.